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L’église et le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie avec «La Cène» de Léonard de Vinci

Illustrazione Elena Prette

Dichiarazione di Eccezionale Valore Universale

Le réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan fait partie intégrante de cet ensemble architectural édifié à partir de 1463 et remanié à la fin du XVe siècle par Bramante. Sur le mur nord se trouve la Cène, le chef-d’œuvre incontesté peint entre 1495 et 1497 par Leonardo da Vinci dont l’œuvre allait ainsi ouvrir une ère nouvelle dans l’histoire de l’art. L’ensemble, y compris l’église et le couvent, fut construit à partir de 1463 par Guiniforte Solari, et fut profondément modifié par la suite à la fin du XVe siècle par Bramante, un des maîtres de la Renaissance. Bramante agrandit l’église du point de vue de sa structure et ajouta de grandes absides semi-circulaires, une belle coupole à tambour entourée de colonnes, un magnifique cloître et un réfectoire. La peinture fut commandée en 1495 et terminée en 1497. La représentation de Léonard de Vinci illustre le moment immédiatement postérieur à celui où le Christ déclara «l’un de vous me trahira». Léonard refusa l’interprétation classique de la composition et a placé Jésus au centre des apôtres; il a également créé quatre groupes de trois personnages disposés de chaque côté du Christ. Les douze apôtres réagissent de différentes manières: leurs mouvements et leurs expressions ont été particulièrement bien saisis par Léonard. Malheureusement, Léonard ne travailla pas a fresco, mais a tempera, sur une double couche d’enduit qui n’absorbait pas la peinture. Vasari fut le premier à attirer l’attention, dès 1568, sur le problème posé par cette technique picturale. La Cène, que Léonard de Vinci peignit dans le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie, est incontestablement un des chefs-d’œuvre de la peinture reconnu dans le monde entier. Sa valeur unique qui eut, à travers les siècles, une influence considérable dans le domaine de l’art figuratif, est inséparable de l’ensemble architectural où il fut créé.

  • Valore UNESCO

    Le réfectoire du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces à Milan fait partie intégrante de cet ensemble architectural, édifié à partir de 1463 et remanié, à la fin du XVe siècle par Bramante. Sur sa paroi nord se trouve un chef-d’œuvre incontesté, La Cène, peint de 1495 à 1497 par Léonard de Vinci, dont l’œuvre allait ainsi ouvrir une ère nouvelle dans l’histoire de l’art.

    L'église et le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie: symbole de l'architecture de la Renaissance milanaise

    L’édification de Santa Maria delle Grazie débuta en 1463 lorsque Gaspare Vimercati, commandant des forces militaires de Francesco Sforza, donna le terrain. Deux phases importantes ont façonné l’apparence actuelle de l’ensemble: la première phase avec le projet du célèbre maître architecte Guiniforte Solari, déjà ingénieur en chef de la cathédrale de Milan et de la Chartreuse de Pavie, toutes deux œuvres dont la construction dura plusieurs décennies et la deuxième phase entre 1480 et 1497. Les deux périodes sont caractérisées par les différents choix d’architecture et de style. Au cours de la première phase, on y travaille conformément aux modèles de composition lombarde et même vers un rétablissement du romanesque. Ultérieurement, à partir de 1480, on intervient sur la façade de l’église, avec la construction du portique, et même de manière toujours plus radicale, on entreprend sa transformation en démolissant partiellement l’église voulue par Guiniforte Solari, avec la construction du nouveau chœur, seulement dix ans après l’achèvement du projet de Guiniforte Solari. En 1492, le duc de Milan, Ludovic Sforza chargea Donato Bramante, alors déjà considéré l’un des architectes les plus recherchés de la péninsule, d’intervenir sur le bâtiment non achevé, souhaitant l’agrandir et s’en servir comme tombeau pour lui et son épouse. Le choix de faire appel à Bramante à la cour de Ludovic Sforza est étayé par des attentes culturelles résolument marquées par des valeurs de la Renaissance, en vue d’adhérer aux nouveaux idéaux humanistes aussi bien pour la religion que pour l’architecture.

    La Cène de Léonard de Vinci. «Un miracle de la peinture»
    Le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie abrite un trésor de l’art mondial, l’œuvre qui peut-être avec quelques autres représente à la fois le sens profond de l’art humaniste et le manifeste programmatique que l’artiste a confié à l’histoire. Dans l’aile ouest de l’un des trois cloîtres du bâtiment, le Cloître des Morts, se trouve le Réfectoire, célèbre pour la présence de la Cène. La peinture murale, qui représente le Christ en compagnie des Apôtres au Dernier Repas, est l’œuvre du génie de Léonard de Vinci; elle remonte aux dernières années de la dernière décennie du XVe siècle: les historiens datent les limites temporelles plausibles des travaux entre 1494 et 1498, rappelant que l’exécution fut précédée de quelques années par de minutieuses études préparatoires. Sur cette célèbre fresque, Léonard de Vinci présente l’instant précédent l’identification de Judas: Jésus vient tout juste de prononcer la célèbre phrase «En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera». Derrière la réalisation du chef d’œuvre signé De Vinci, se cachent d’importantes et significatives considérations scientifiques. La poétique de Léonard de Vinci met en rapport art et science pour atteindre, à travers l’œuvre picturale, le plus haut degré possible de rapprochement avec la vie sensorielle: un idéal unique d’une valeur humaniste immense, qui caractérisa le génie créateur de Léonard de Vinci aussi bien du point de vue artistique que scientifique. La fresque mondialement connue de Santa Maria delle Grazie représente une sorte de transposition figurée et figurative d’une loi de l’acoustique, d’optique et de dynamique. Il semble y avoir un lien littéralement illustratif entre les écrits scientifiques et la Cène, entre les pensées manuscrites de Léonard de Vinci sur la propagation du son et des rayons visuels et le comportement des apôtres autour du Christ. Ce qui fait de l’œuvre un brillant exemple de créativité, étude et dextérité sans égal dans l’histoire de l’art, un «miracle de la peinture».
    Per saperne di più
    Léonard de Vinci à l'œuvre

    Le passage qui suit est tiré d’un recueil d’écrits de Matteo Bandello (1485-1561), religieux, érudit et courtisan qui compose ses Nouvelles dans lesquelles il raconte des événements qui se sont réellement produits ainsi que des anecdotes légendaires ou curieuses sur d’éminents personnages de son époque. Le texte illustre clairement le processus créatif de Léonard de Vinci, au cours de la période pendant laquelle l’artiste travaillait sur l’œuvre de La Cène.

    «Soleva […] andar la mattina a buon’ora a montar sul ponte, perché il cenacolo è alquanto da terra alto; soleva, dico, dal nascente sole sino a l’imbrunita sera non levarsi mai il pennello di mano, ma scordatosi il mangiare e il bere, di continovo dipingere. Se ne sarebbe poi stato dui, tre e quattro dì che non v’avrebbe messa mano e tuttavia dimorava talora una o due ore del giorno e solamente contemplava, considerava ed essaminando tra sé, le sue figure giudicava. L’ho anco veduto secondo che il capriccio o ghiribizzo lo toccava, partirsi da mezzo giorno, quando il sole è in lione, da Corte vecchia  ove quel stupendo cavallo di terra componeva, e venirsene dritto a le Grazie ed asceso sul ponte pigliar il pennello ed una o due pennellate dar ad una di quelle figure, e di solito partirsi e andar altrove».

    Souvent […] monter de bon matin sur l’échafaudage car La Cène s’élève à bonne hauteur du sol ; et ne jamais lâcher son pinceau depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit tombée, continuant de peindre sans boire ni manger. Puis il restait parfois trois ou quatre jours sans toucher à l’œuvre, bien qu’il passât chaque jour plusieurs heures à la considérer et à critiquer en lui-même les personnages. Je l’ai vu aussi, quand lui en venait la fantaisie ou le caprice, partir vers midi, alors que le soleil est sous le signe du Lion, de la Corte Vecchia où il composait ce superbe cheval de terre cuite et s’en venir tout droit aux Grâces, monter sur l’échafaudage et, saisissant le pinceau, donner une ou deux touches à l’une des figures, puis subitement s’en aller ailleurs»)

    Matteo Bandello, Novella LVIII, 1497

    (Voir Matteo Bandello, Novelle, a c. di E. Menetti, Rizzoli, Milano, 2011)

    L’homme de vitruve de Léonard de Vinci: le manifeste de la Renaissance et de la pensée moderne

    Le dessin peut être considéré le symbole des temps modernes de la culture occidentale; il est réalisé par Léonard de Vinci au cours de la dernière décennie du XVe siècle et est contemporain de la découverte des Amériques en 1492, date historique de référence. Le motif iconographique de l’homme nu et avec les bras étendus inscrit dans un cercle est déjà présent dans des recueils médiévaux pour transmettre le lien entre microcosme (l’homme) et macrocosme (l’univers). Les significations antiques sont adoptées par le génie Léonard de Vinci qu’il réoriente dans une direction révolutionnaire qui poursuit l’idée de la centralité de l’homme, en tant que machine merveilleuse, miraculeuse et mathématiquement harmonieuse. Le dessin signé Léonard de Vinci est le résultat de réflexions anthropométriques qui, selon Vitruve, parviennent par la synthèse à inscrire le corps humain idéal à la fois dans le cercle et le carré. Entre art et science: avec ce dessin, Léonard de Vinci voulait fournir un modèle scientifique détaillé pour permettre aux artistes de reproduire correctement la représentation du corps humain. L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci est gravé sur la pièce d’un euro.

    Comparaison entre le style lombard et le style florentin au cours du XVe siècle milanais: l'architecture de l'église de Santa Maria delle Grazie

    Avec pour objectif principal de récupérer des motifs archaïques, l’architecture lombarde de la deuxième moitié du XVe siècle va à l’encontre des tendances des architectes toscans qui travaillaient à Milan depuis plusieurs années. D’un côté la tradition romane et la simplicité des éléments, de l’autre les choix novateurs et la richesse décorative que voyaient les modèles antiques à la lumière d’un goût prononcé pour la rareté. Dans cette controverse, la construction de l’église de Santa Maria delle Grazie s’inscrit parfaitement dans la tradition des artistes lombards, dans un contexte d’évocation inspiré aux structures et aux spatialités romanes, ayant pour ambition de développer un langage expressif par opposition aux nouveautés introduites par les toscans. Les chapiteaux de style corinthien sont la seule concession faite à l’art toscan. L’œuvre de Guiniforte Solari a su manier en conscience tous ces éléments structuraux et décoratifs typiques de la longue et pauvre tradition architecturale, et dominicaine notamment, dite de l’ «église-halle». Aujourd’hui, cette église est le témoignage d’une volonté précise de construction d’exprimer une architecture unitaire, en mesure de définir un espace envoûtant, profond et dilaté, immédiatement exploitable.

    La Commune de Milan, sous les Visconti et les Sforza

    D’origine celtique, après avoir été la capitale de l’empire d’Occident et centre de l’Europe chrétienne médiévale, la ville de Milan vécut la période glorieuse de commune libre entre le XIe et le XIIIe siècle. Puis, l’arrivée et la domination de la famille Visconti à la tête de la vie civique mit fin à cette période laissant la place à une autre caractérisée par tout autant d’intérêt historique et culturel. À la Renaissance, d’abord la seigneurie des Visconti puis le duc des Sforza représentent l’apogée de Milan sur le plan politique et l’essor artistique et culturel. Au lendemain de cette époque, la ville est occupée par les Français puis par les Espagnols. Sous le plus célèbre représentant de la famille Visconti, Gian Galeazzo Visconti, qui fut Seigneur de Pavie puis Seigneur et Duc de Milan, virent le jour d’importantes œuvres de très grande valeur artistique et architecturale. Il est à l’origine de l’édification de la Chartreuse de Pavie, débutée officiellement en 1396, et de la Cathédrale de Milan, commencée en 1386-1387. À partir de 1450, neuf ans après le mariage avec Bianca Maria Visconti et suite à des troubles civils qui porta Francesco Sforza au pouvoir et la famille Sforza aux commandes de Milan, débutèrent les années de l’une des plus splendides seigneuries d’Italie, qui laissa à la ville et au monde entier un patrimoine artistique d’excellence. L’apogée se situe sous le règne de Ludovic le More avec une importante expression des valeurs humanistes et de la Renaissance, en vertu de la personnalité ambitieuse du nouveau duc et de son amour pour les arts, les lettres et les sciences. Grand mécénat, duc de Milan durant les années 1480-1499, c’est lui qui appela à sa cour des personnalités éminentes comme Donato Bramante et le grand Léonard de Vinci. Ces artistes ont apporté une large contribution de valeur humaniste à la vie artistique et culturelle urbaine faisant de Milan l’emblème de la Renaissance, opérant dans un contexte savant de prestige, faste et raffinement.

    L'éclairage de la Cène

    Les sources rapportent que Bramante construisit le grand réfectoire; tandis que Donato di Montorfano terminait sa Crucifixion sur le mur sud, l’architecte se concentra sur l’emplacement des fenêtres de manière à ce que le mur nord, destiné à l’œuvre de Léonard de Vinci, soit correctement éclairé.

    L’influence de la Cène

    La Cène réintroduit la tradition du thème religieux du dernier repas du Christ que Giotto avait codifié dans la chapelle des Scrovegni de Padoue. Giorgio Vasari participa à sa popularité, étant d’emblée admiré par les artistes du monde entier. D’autres noms célèbres tels que Federico Borromeo, Goethe et Gabriele d’Annunzio, sont liés à la Cène.

    Impossible de la détacher!

    Au cours de sa visite à Milano (1515), le roi de France, Louis II manifesta son intention de retirer la Cène de son emplacement d’origine mais le projet fut immédiatement abandonné étant impossible sans détruire l’œuvre. Au début du XIXe, l’idée fait de nouveau son apparition sur initiative du peintre néo-classique Andrea Appiani sans toutefois n’être jamais réalisée. Quelques années seulement après, le peintre et restaurateur Stefano Barezzi se propose à son tour de le faire. Barezzi avait mis au point une méthode spéciale de son invention pour détacher les fresques, technique «a strappo» (le fait d’arracher l’œuvre) pour les transférer sur des panneaux en bois: il avait réussi à détacher (1821-2) avec succès le cycle de fresques datant du XVIe siècle de Bernardo Luini da Villa, La Pelucca (Monza) pour les conserver dans la pinacothèque de Brera où elles se trouvent encore aujourd’hui. Cependant, encore une fois l’idée de détacher l’œuvre fut abandonnée et Barezzi est en revanche chargé de restaurer les couleurs de la Cène; il devient ensuite le conservateur officiel de l’œuvre et mena par la suite des initiatives d’amélioration des conditions du réfectoire dans le but de l’isoler de l’humidité et la protéger du salpêtre.

    La technique spéciale de Léonard de Vinci dans la Cène et sa difficulté de conservation

    L’œuvre est réalisée avec une technique de peinture différente de la technique traditionnelle de la fresque, la technique dite «buon fresco» qui exigeait rapidité d’exécution de manière à ce que l’application des pigments soit complétée avant que le plâtre ne sèche, ce qui assurait une excellente conservation à l’œuvre. Pour la Cène en revanche, Léonard de Vinci appliqua à sec sur une double couche de plâtre la détrempe mélangée à l’huile. Cette méthode permettra à l’artiste d’obtenir une qualité plus raffinée des clairs-obscurs et de retoucher et modifier l’œuvre jour après jour à sa seule discrétion; cependant précisément pour cette raison la fresque est soumise à une dégradation plus rapide dans le temps.

    Une figure féminine importante pour le duc de Milan: Bianca Maria Visconti

    Dernière héritière de la famille Visconti, à l’âge de cinq ans, elle fut promise à Francesco Sforza. Bianca Maria passa son enfance jusqu’à l’âge de 17 ans au Château d’Abbiate, considéré par son père un lieu sûr pour la future dame de Milan, et reçut une éducation humaniste minutieuse tout en grandissant dans un climat de grande ouverture culturelle. À l’âge de 17 ans, en 1441, elle épousa fastueusement Francesco Sforza, et il semblerait qu’à l’occasion de ces noces naquit la confiserie connue sous le nom de «touron», et inspirée à la Tour de Cremona, ville de provenance de Bianca Maria. Duchesse à partir de 1450, restant bien souvent à Milan en l’absence du mari occupé dans des opérations militaires, Bianca Maria s’affairait habilement à traiter des questions administratives et diplomatiques en plus de la vie quotidienne, comme en témoigne une longue correspondance entre elle et Francesco Sforza, en partie conservée à l’Archive d’État de Milan. Ludovic le More fut le quatrième fils de Bianca Maria Visconti.

    La famille Solari de Carona

    Les Solari, originaires du Canton du Tessin en Suisse, comptaient dans leur lignée plusieurs architectes et connurent l’apogée de leur notoriété entre le XVe et le XVIe siècle laissant derrière eux de nombreuses réalisations représentatives par excellence de la Renaissance lombarde. Les représentants de la famille Solari ont travaillé pour les plus prestigieux ateliers du duc de Milan. Giovanni fut architecte et ingénieur ducal à partir de 1450, entre 1428 et 1462 il entreprend l’édification de la Chartreuse de Pavie et entre 1452 et 1479, il est ingénieur en chef de la Cathédrale de Milan. Les fils, Guiniforte et Francesco, empruntent la voie de leur père, et deviennent eux aussi ingénieurs ducaux sachant marier la tradition lombarde et les innovations de la Renaissance. Guiniforte (ou Boniforte) travailla sur les chantiers de son père, à Pavie à partir de 1462 et à la Cathédrale de Milan dès 1470. Le fils de Guiniforte, Pietro Antonio, architecte et sculpteur, travailla à partir de 1488 à Moscou où il œuvra aux remparts du Kremlin et fut nommé grand-duc de la Moskova. Le couvercle du tombeau de Ludovic le More et de sa femme Béatrice d’Este, œuvre de Cristoforo Solari et présent dans la Chartreuse de Pavie est célèbre. Cette œuvre avait été initialement pensée, voulue et commandée par Ludovic pour être placée dans la partie du Bramante de l’Église de Santa Maria delle Grazie, dans le cadre du projet de faire du chœur son tombeau et celui de sa famille, projet qui fut cependant interrompu pour des raisons politiques.

    Protagonisti
    Léonard de Vinci

    Léonard de Vinci (Vinci, 15 avril 1452 –  Amboise, France, 2 mai 1519)

    Peintre au talent universellement reconnu, génie de la Renaissance et de tous les temps, c’était un artiste, ingénieur, savant italien aux capacités intellectuelles immenses. Il se dédia aux domaines les plus variés du savoir et de la connaissance, reflétant, étudiant, dessinant, inventant et produisant des chefs d’œuvre artistiques – dont la célèbre Joconde, aujourd’hui conservée au Louvre à Paris, et la Cène dans l’église Santa Maria delle Grazie à Milan – et contributions scientifiques – qui englobent anatomie, physiologie, arithmétique, géométrie, astronomie, botanique, géologie, hydraulique, aérodynamique, mécanique, optique et zoologie. Léonard de Vinci se forma à Florence dans l’atelier du célèbre artiste Andrea del Verrocchio, fut à Milan, sur invitation de Ludovic Sforza, à partir de 1482 jusqu’à ce que la ville soit occupée par les français, quand Léonard de Vinci entreprit différents voyages visitant cours et capitales. Au cours du premier séjour pour Sforza, il s’occupa, entre autres, de projets de machines militaires ainsi que d’installations et scénographies pour les représentations théâtrales de la cour. Il retourna une deuxième fois à Milan et enfin se rendra en France à la cour de François Ier. Léonard de Vinci laisse derrière lui des traces fragmentaires écrites de son travail intellectuel, la plus copieuse et importante étant le recueil du Codex Atlanticus conservé à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, contenant 1119 feuillets relatifs à la période 1478-1519, dont croquis, dessins, études, méditations philosophiques, recherches et projets. Son œuvre de très grande ampleur laissa une trace dans l’histoire de l’humanité.

    Bramante

    Bramante (Monte Asdrualdo, 1444 – Rome, 1514)

    Il était architecte, peintre et théoricien de l’architecture. Il se forma très probablement à Urbino, mais connu l’apogée de sa carrière à Milan au service de la cour de Ludovic Sforza. Il fut également actif à Rome, où il travailla au nouvel atelier de Saint Pierre et du Palais Vatican et à d’autres projets réalisés à la demande du pape Jules II. L’œuvre de Bramante eut une forte et significative influence sur l’art de l’époque et témoigne aujourd’hui le goût humaniste pour l’articulation des masses architecturales comme dans un rythme, doté de couleur, raffinement et de grande ampleur.

    Ludovic Maria Sforza

    Ludovic Maria Sforza, dit le More (Vigevano, 1452 –  Loches, France, 1508)

    Duc de Milan, fils de Bianca Maria Visconti et Francesco Sforza. Il eut la lourde tâche d’être au pouvoir lorsque les territoires italiens étaient constamment en conflit, exposés au risque d’être soumis à l’expansionnisme français. À partir de 1480, Ludovic sut détenir essentiellement la régence du ducat, mais devint officiellement duc seulement à la mort de Gian Galeazzo (1494). Sa période fut caractérisée par de nombreuses opérations militaires pour la conquête et le maintien du pouvoir, mais aussi par une judicieuse ouverture culturelle dont Ludovic est à l’origine étant grand mécénat et amateur des arts et de la culture, avec sa femme Béatrice d’Este, fils d’Hercule I d’Este de Ferrare, qui apporta à la cour des Sforza son goût pour l’art et l’élégance.

    Testimonianze d’autore
    Testimonianze

    “Ogni nostra cognizione prencipia da sentimenti”

    Leonardo da Vinci, Aforismi

     

    “Dell’error di quelli che usano la pratica sanza scientia. Quelli che s’innamoran di pratica sanza scienzia, son come’l nocchieri ch’entra in navilio sanza timone o bussola, che mai ha certezza dove si vada”.

    Leonardo da Vinci, Aforismi

     

    “Il giovane deve prima imparare prospettiva; poi le misure d’ogni cosa; poi di mano di buon maestro, per

    assuefarsi a buone membra; poi dal naturale, per confermarsi la ragione delle cose imparate; poi vedere un tempo le opere di mano di diversi maestri; poi far abito a mettere in pratica ed operare l’arte”

    Leonardo da Vinci, Della pittura

     

    “Tu, pittore, per essere universale e piacere a’ diversi giudizi, farai in un medesimo componimento che vi siano cose di grande oscurità e di gran dolcezza di ombre, facendo però note le cause di tali ombre e dolcezze”.

    Leonardo da Vinci, Della pittura

     

    “Rappresenta questa pittura il Redentore divino in quel punto in cui nell’ultima cena dice agli Apostoli che uno infra di loro lo avrebbe tradito. [] La grandiosità del disegno, la distribuzione delle figure, l’espression degli affetti in tutti i personaggi rappresentati è qualcosa di grande. []  Il volto [ndr del Salvatore] è dolcemente maestoso, gli occhi abbassati in maniera di chi dice cosa, cui dispiace il dirla, e le mani appoggiate sopra la tavola; ma con un certo inarcamento delle dita della destra segnatamente, come di chi trattando un affare di rilievo, accompagna col gesto della mano il sentimento delle parole”.

    Domenico Pino, Storia genuina del cenacolo insigne dipinto da Leonardo da Vinci, nel refettorio de’ padri domenicani di Santa Maria delle Grazie di Milano, Milano, 1796

     

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    [learn_more caption=”Milan et… Florence”]

    L’appartenance florentine de la famille de Léonard de Vinci caractérise le lancement de sa carrière comme artiste diversifié qui, une fois célèbre, séjourna dans les principaux centres italiens de la Renaissance. Léonard de Vinci passe sa jeunesse ainsi que la période d’apprentissage à Florence dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio (à partir de 1469). À partir de 1472, Léonard de Vinci est documenté parmi les inscrits de la Compagnia dei Pittori (Compagnie des peintres) de Florence et c’est à cette même période que remontent les premières œuvres et les premières commandes de décorations pour des manèges et fêtes de cour. En 1480, il semble être au service de Laurent de Médicis, mais deux ans après, il s’installe à Milan, où il resta jusqu’en 1500.[/expand] [learn_more caption=”Milan et… Ferrare”]

    À la Renaissance, Ferrare et Milan étaient liées par des alliances politiques, renforcées par les mariages entre Anna Maria Sforza et Alphonse Ier d’Este et entre Ludovic Sforza et Béatrice d’Este. L’union entre Anna Maria et Alphonse, héritier d’Hercule Ier d’Este, duc de Ferrare, Modène et Reggio, ne donna aucun fils et ne dura que six ans puisqu’en 1497, Anna Maria meurt lors d’un accouchement. Béatrice d’Este (1475 –1497), fille d’Hercule Ier d’Este et Éléonore d’Aragona, fut protagoniste à la cour milanaise, même si ce ne fut que pour une courte période, puisqu’elle aussi mourra lors d’un accouchement à l’âge de 22 ans. En 1491, Béatrice épousa Ludovic Sforza, dit le More, et devint duchesse de Milan (1494). Les témoignages de l’époque la décrivent comme une grande dame, élégante, intelligente, passionnée de mode, de voyages et d’art ; très liée à sa sœur Isabelle, elle se faisait décrire par les ambassadeurs en visite à la cour les robes des princesses d’Europe. Elle sut être une bonne épouse aux côtés de son mari, aussi bien dans les affaires politiques que dans les relations avec les artistes avec lesquels elle entra en contact grâce au mécénat raffiné de Ludovic. L’union entre Béatrice et Ludovic fut une union joyeuse, complice et affectueuse; Sforza fut profondément attristé de la mort prématurée de sa femme, comme en témoigne également Ariosto (Orlando Furioso, XLII, 91). La cérémonie funéraire de Béatrice fut célébrée dans l’Église de Santa Maria delle Grazie et Ludovic manifesta publiquement sa volonté d’être enterré aux côtés de son épouse. Aujourd’hui, les pierres tombales des deux époux reposent l’une à côté de l’autre à la Chartreuse de Pavie.[/expand]

    Note bibliografiche
    Bibliografia

    Il Genio e le Passioni. Leonardo e il Cenacolo. Precedenti, innovazioni, riflessi di un capolavoro, a cura di P.C. Marani, prefazione di E.H. Gombrich, Skira, Milano 2001

    Lezione sul Cenacolo di Leonardo Da Vinci, tenuta da Dario Fo nel cortile della Pinacoteca di Brera a Milano il 27 maggio 1999; a cura di F. Rame con la collaborazione di S. Natale, San Lazzaro di Savena, Nuovi Mondi edizioni, 2001

    G. Bossi, Del Cenacolo di Leonardo da Vinci: libri quattro, ristampa anastatica, Milano, Skira, 2009

    A. Bruschi, Bramante, Roma, Laterza, 1985

    J.W. Goethe, Il cenacolo di Leonardo, tr. it. C. Groff, con uno scritto di M. Carminati, Milano, Abscondita, 2004

    M. Magnano, Leonardo, Milano, Electa, 2007

    P.C. Marani, R. Cecchi, G. Mulazzani, Il Cenacolo e Santa Maria delle Grazie, Electa, Milano, 1986

    A.M. Romanini, Le chiese a sala nell’architettura gotica lombarda, Arte lombarda, anno III, II, 1958

  • Valore UNESCO

    Le réfectoire du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces à Milan fait partie intégrante de cet ensemble architectural, édifié à partir de 1463 et remanié, à la fin du XVe siècle par Bramante. Sur sa paroi nord se trouve un chef-d’œuvre incontesté, La Cène, peint de 1495 à 1497 par Léonard de Vinci, dont l’œuvre allait ainsi ouvrir une ère nouvelle dans l’histoire de l’art.

    L'église et le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie: symbole de l'architecture de la Renaissance milanaise

    L’édification de Santa Maria delle Grazie débuta en 1463 lorsque Gaspare Vimercati, commandant des forces militaires de Francesco Sforza donna le terrain. Deux phases importantes ont façonné l’apparence actuelle de l’ensemble: la première phase avec le projet du célèbre maître architecte Guiniforte Solari, déjà ingénieur en chef de la cathédrale de Milan et de la Chartreuse de Pavie, et la phase entre 1480 et 1497. Les deux périodes sont caractérisées par les différents choix d’architecture et de style. Au cours de la première phase, on y travaille conformément aux modèles de composition lombarde et même vers un rétablissement du romanesque. Ultérieurement, à partir de 1480, on intervient sur la façade de l’Église, avec la construction du portique, et même de manière toujours plus radicale, on entreprend sa transformation en démolissant partiellement l’église voulue par Guiniforte Solari. En 1492, le duc de Milan, Ludovic Sforza chargea Donato Bramante, alors déjà considéré l’un des architectes les plus recherchés de la péninsule, d’intervenir sur le bâtiment non achevé, souhaitant l’agrandir et s’en servir comme tombeau pour lui et son épouse, en marquant l’ensemble des valeurs de la Renaissance.

    La Cène de Léonard de Vinci. «Un miracle de la peinture»

    Le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie abrite un trésor de l’art mondial, l’œuvre qui peut-être avec quelques autres représente à la fois le sens profond de l’art humaniste et le manifeste programmatique de Léonard de Vinci. Dans l’aile ouest de l’un des trois cloîtres du bâtiment, le Cloître des Morts, se trouve le Réfectoire, célèbre pour la présence de la Cène: la fresque, créée par le génie Léonard de Vinci qui représente le Christ en compagnie des Apôtres au Dernier Repas, a été réalisée entre 1494 et 1498. Pour Léonard de Vinci, il est très important d’illustrer les expressions («moti dell’animo»), de fait dans le Traité de la Peinture, il écrit que le bon peintre doit savoir représenter non seulement l’aspect extérieur de l’homme mais aussi ses pensées et ses émotions. Pour pouvoir peindre des pensées et émotions, il faut utiliser les gestes et comportements, les mouvements des membres. Léonard décida par conséquent de représenter l’instant suivant la célèbre phrase de Jésus «En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera». C’est le moment le plus dramatique de la Cène: chaque apôtre se demande, et demande aux autres, qui peut bien être le traître. Léonard se concentre sur l’effet que les mots de Jésus provoquent sur les apôtres, sur leur réaction.

    Per saperne di più
    Léonard de Vinci à l'œuvre

    Le passage qui suit est tiré d’un recueil d’écrits de Matteo Bandello (1485-1561), religieux, érudit et courtisan qui compose ses Nouvelles dans lesquelles il raconte des événements qui se sont réellement produits ainsi que des anecdotes légendaires ou curieuses sur d’éminents personnages de son époque. Le texte illustre clairement le processus créatif de Léonard de Vinci, au cours de la période pendant laquelle l’artiste travaillait sur l’œuvre de La Cène.

    «Soleva […] andar la mattina a buon’ora a montar sul ponte, perché il cenacolo è alquanto da terra alto; soleva, dico, dal nascente sole sino a l’imbrunita sera non levarsi mai il pennello di mano, ma scordatosi il mangiare e il bere, di continovo dipingere. Se ne sarebbe poi stato dui, tre e quattro dì che non v’avrebbe messa mano e tuttavia dimorava talora una o due ore del giorno e solamente contemplava, considerava ed essaminando tra sé, le sue figure giudicava. L’ho anco veduto secondo che il capriccio o ghiribizzo lo toccava, partirsi da mezzo giorno, quando il sole è in lione, da Corte vecchia  ove quel stupendo cavallo di terra componeva, e venirsene dritto a le Grazie ed asceso sul ponte pigliar il pennello ed una o due pennellate dar ad una di quelle figure, e di solito partirsi e andar altrove».

    Souvent […] monter de bon matin sur l’échafaudage car La Cène s’élève à bonne hauteur du sol; et ne jamais lâcher son pinceau depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit tombée, continuant de peindre sans boire ni manger. Puis il restait parfois trois ou quatre jours sans toucher à l’œuvre, bien qu’il passât chaque jour plusieurs heures à la considérer et à critiquer en lui-même les personnages. Je l’ai vu aussi, quand lui en venait la fantaisie ou le caprice, partir vers midi, alors que le soleil est sous le signe du Lion, de la Corte Vecchia où il composait ce superbe cheval de terre cuite et s’en venir tout droit aux Grâces, monter sur l’échafaudage et, saisissant le pinceau, donner une ou deux touches à l’une des figures, puis subitement s’en aller ailleurs»)

    Matteo Bandello, Novella LVIII, 1497

    (Voir Matteo Bandello, Novelle, a c. di E. Menetti, Rizzoli, Milano, 2011)

    L’homme de vitruve de Léonard de Vinci: le manifeste de la Renaissance et de la pensée moderne

    Le dessin peut être considéré le symbole des temps modernes de la culture occidentale; il est réalisé par Léonard de Vinci au cours de la dernière décennie du XVe siècle et est donc contemporain de la découverte des Amériques en 1492, date historique de référence. L’homme nu et avec les bras étendus inscrit dans un cercle est déjà présent dans des recueils médiévaux pour transmettre le lien entre microcosme (l’homme) et macrocosme (l’univers). Les significations antiques sont adoptées par le génie Léonard de Vinci qu’il réoriente dans une direction révolutionnaire qui poursuit l’idée de la centralité de l’homme, en tant que machine merveilleuse, miraculeuse et mathématiquement harmonieuse. Le dessin de Léonard de Vinci représente l’homme au centre d’un cercle et d’un carré comme indiqué par Vitruve, architecte de la Rome antique qui, dans ce modèle identifie les mesures idéales de l’homme sur lequel concevoir ses bâtiments. Léonard de Vinci reprend les textes de Vitruve et les concrétise dans son dessin pour fournir un modèle aussi bien d’harmonie esthétique que scientifique détaillé pour permettre aux artistes de reproduire correctement le corps humain. L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci est gravé sur la pièce d’un euro.

    La Commune de Milan, sous les Visconti et les Sforza

    D’origine celtique, après avoir été la capitale de l’empire d’Occident et centre de l’Europe chrétienne médiévale, la ville de Milan vécu la période glorieuse de commune libre entre le XIe et le XIIIe siècle.  Puis, l’arrivée et la domination de la famille Visconti à la tête de la vie civique mit fin à cette période laissant la place à une autre caractérisée par tout autant d’intérêt historique et culturel. À la Renaissance, d’abord la seigneurie des Visconti puis le duc des Sforza représentent l’apogée de Milan sur le plan politique et l’essor artistique et culturel. Au lendemain de cette époque, la ville est occupée par les Français puis par les Espagnols.

    L'éclairage de la Cène

    Les sources rapportent que Bramante construisit le grand réfectoire; tandis que Donato di Montorfano terminait sa Crucifixion sur le mur sud, l’architecte se concentra sur l’emplacement des fenêtres de manière à ce que le mur nord, destiné à l’œuvre de Léonard de Vinci, soit correctement éclairé.

    Impossible de la détacher!

    Au cours de sa visite à Milano (1515), le roi de France, Louis II manifesta son intention de retirer la Cène de son emplacement d’origine mais le projet fut immédiatement abandonné étant impossible sans détruire l’œuvre. Au début du XIXe, l’idée fait de nouveau son apparition sur initiative du peintre néo-classique Andrea Appiani sans toutefois n’être jamais réalisée. Quelques années seulement après, le peintre et restaurateur Stefano Barezzi se propose à son tour de le faire. Barezzi avait mis au point une méthode spéciale de son invention pour détacher les fresques, technique dite «a strappo» (le fait d’arracher l’œuvre) pour les transférer sur des panneaux en bois. Cependant, encore une fois l’idée de détacher l’œuvre fut abandonnée et Barezzi est en revanche chargé de restaurer les couleurs de la Cène; il devient ensuite le conservateur officiel de l’œuvre et mena par la suite des initiatives d’amélioration des conditions du réfectoire dans le but de l’isoler de l’humidité et la protéger du salpêtre.

    La technique spéciale de Léonard de Vinci dans la Cène et sa difficulté de conservation

    L’œuvre est réalisée avec une technique de peinture différente de la technique traditionnelle de la fresque, la technique dite «buon fresco» qui exigeait rapidité d’exécution de manière à ce que l’application des pigments soit complétée avant que le plâtre ne sèche, ce qui assurait une excellente conservation à l’œuvre. Pour la Cène en revanche, Léonard de Vinci appliqua à sec sur une double couche de plâtre la détrempe mélangée à l’huile. Cette méthode permettra à l’artiste d’obtenir une qualité plus raffinée des clairs-obscurs et de retoucher et modifier l’œuvre jour après jour à sa seule discrétion; cependant précisément pour cette raison la fresque est soumise à une dégradation plus rapide dans le temps.

    Protagonisti
    Léonard de Vinci

    Léonard de Vinci (Vinci, 15 avril 1452 –  Amboise, France, 2 mai 1519)

    Peintre au talent universellement reconnu, génie de la Renaissance et de tous les temps, c’était un artiste, ingénieur, savant italien aux capacités intellectuelles immenses. Il se dédia aux domaines les plus variés du savoir, étudiant, dessinant et inventant d’éternels chefs d’œuvre – dont la très célèbre Joconde, aujourd’hui conservée au Louvre à Paris, et la Cène dans l’église Santa Maria delle Grazie à Milan – et contributions scientifiques – qui englobent anatomie, physiologie, arithmétique, géométrie, astronomie, botanique, géologie, hydraulique, aérodynamique, mécanique, optique et zoologie. Léonard de Vinci se forma à Florence dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio, fut à Milan, sur invitation de Ludovic Sforza, à partir de 1482 jusqu’à ce que la ville soit occupée par les français, quand Léonard de Vinci entreprit différents voyages visitant cours et capitales. Léonard de Vinci laisse derrière lui des traces fragmentaires écrites de son travail intellectuel, la plus copieuse et importante étant le recueil du Codex Atlanticus conservé à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, contenant 1119 feuillets relatifs à la période 1478-1519, dont dessins, méditations, recherches et projets.

    Bramante

    Bramante (Monte Asdrualdo, 1444 – Rome, 1514)

    Il était architecte, peintre et théoricien de l’architecture de la Renaissance. Il se forma à Urbino, mais connu l’apogée de sa carrière à Milan au service de la cour de Ludovic Sforza, dit le «More». Il fut également actif à Rome, où il travailla au nouvel atelier de Saint Pierre et du Palais Vatican et à d’autres projets réalisés à la demande du pape Jules II.

    Ludovic Maria Sforza

    Ludovic Maria Sforza, dit le More (Vigevano, 1452 –  Loches, France, 1508)

    Duc de Milan, fils de Bianca Maria Visconti et Francesco Sforza. Il eut la lourde tâche d’être au pouvoir lorsque les territoires italiens étaient constamment en conflit, exposés au risque d’être soumis à l’expansionnisme français. À partir de 1480, Ludovic sut détenir la régence du ducat, mais devint officiellement duc seulement à la mort de Gian Galeazzo (1494). Sa période fut caractérisée par de nombreuses opérations militaires, mais aussi par une judicieuse ouverture culturelle, Ludovic étant grand mécénat et amateur des arts et de la culture, avec sa femme Béatrice d’Este, fils d’Hercule I d’Este de Ferrare.

    Legami tra i siti Unesco italiani
    [learn_more caption=”Milan et… Florence”]

    L’appartenance florentine de la famille de Léonard de Vinci caractérise le lancement de sa carrière comme artiste diversifié qui, une fois célèbre, séjourna dans les principaux centres italiens de la Renaissance. Léonard de Vinci passe sa jeunesse ainsi que la période d’apprentissage à Florence dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio (à partir de 1469). À partir de 1472, Léonard de Vinci est documenté parmi les inscrits de la Compagnia dei Pittori (Compagnie des peintres) de Florence et c’est à cette même période que remontent les premières œuvres et les premières commandes de décorations pour des manèges et fêtes de cour. En 1480, il semble être au service de Laurent de Médicis, mais deux ans après, il s’installe à Milan, où il resta jusqu’en 1500.[/expand] [learn_more caption=”Milan et… Ferrare”]

    À la Renaissance, Ferrare et Milan étaient liées par des alliances politiques, renforcées par les mariages entre Anna Maria Sforza et Alphonse Ier d’Este et entre Ludovic Sforza et Béatrice d’Este. L’union entre Anna Maria et Alphonse, héritier d’Hercule Ier d’Este, duc de Ferrare, Modène et Reggio, ne donna aucun fils et ne dura que six ans puisqu’en 1497, Anna Maria meurt lors d’un accouchement. Béatrice d’Este (1475 –1497), fille d’Hercule Ier d’Este et Éléonore d’Aragona, fut protagoniste à la cour milanaise, même si ce ne fut que pour une courte période, puisqu’elle aussi mourra lors d’un accouchement à l’âge de 22 ans. En 1491, Béatrice épousa Ludovic Sforza, dit le More, et devint duchesse de Milan (1494). Les témoignages de l’époque la décrivent comme une grande dame, élégante, intelligente, passionnée de mode, de voyages et d’art ; très liée à sa sœur Isabelle, elle se faisait décrire par les ambassadeurs en visite à la cour les robes des princesses d’Europe. Elle sut être une bonne épouse aux côtés de son mari, aussi bien dans les affaires politiques que dans les relations avec les artistes avec lesquels elle entra en contact grâce au mécénat raffiné de Ludovic. L’union entre Béatrice et Ludovic fut une union joyeuse, complice et affectueuse; Sforza fut profondément attristé de la mort prématurée de sa femme, comme en témoigne également Ariosto (Orlando Furioso, XLII, 91). La cérémonie funéraire de Béatrice fut célébrée dans l’Église de Santa Maria delle Grazie et Ludovic manifesta publiquement sa volonté d’être enterré aux côtés de son épouse. Aujourd’hui, les pierres tombales des deux époux reposent l’une à côté de l’autre à la Chartreuse de Pavie.[/expand]

    Glossario
    Glossario

    réfectoire, n.m., dans un bâtiment dans lequel habite une communauté religieuse ou laïque (monastère, casernes, écoles, pensionnats, couvents), il s’agit du lieu où l’on prend les repas en commun; cantine.

    ensemble, n.m. un ensemble architectural est un ensemble de plusieurs éléments qui forment une seule et même structure.

    manifeste programmatique, un «manifeste programmatique» est un document ou une œuvre de différent type – textuel, pictural, musical, etc. – qui expose l’ensemble des intentions d’un artiste ou de celui qui a un idéal à réaliser. Dans ce contexte, l’œuvre de Léonard de Vinci a toutes les caractéristiques nécessaires pour représenter sa vision artistique.

    sensoriel(lle), adj., qui se rapporte aux cinq sens de l’homme, aux perceptions des sens et donc aux expériences acquises par ces derniers.

    expansionnisme, attitude d’un état à l’expansion territoriale au-delà de ses frontières par la guerre ou la diplomatie: en élargissant ses frontières politiques, en affirmant le contrôle économique, en imposant son influence culturelle.

    contemporain, se dit de deux événements simultanés, qui existent dans le même temps.

    historique, qui marque un moment particulièrement important de l’histoire et en est un symbole.

    légitime, adj., rendu officiel et politiquement acceptable également aux yeux de toute la communauté.

    Technique «a strappo» (le fait d’arracher l’œuvre) prévoit le retrait de la couche picturale de la fresque sans la couche de plâtre sur laquelle elle se trouve. Pour la réalisation de la technique «a strappo», il est nécessaire d’appliquer sur la superficie de la fresque des toiles fines et résistantes, liées à la couche de peinture au moyen de colles réversibles qui n’endommagent pas l’aspect. En détachant les toiles du mur, la couche de peinture reste accrochée à celles-ci: cette opération est particulièrement délicate. Le retrait d’une fresque est une intervention difficile et particulièrement invasive et doit donc être utilisée uniquement lorsqu’il n’y a pas d’autres possibilités ou si le support sur lequel se trouve la fresque est trop abîmé.

Iscrizione UNESCO

1980, Paris, France, 4e session du Comité

Site culturel

Renaissance

Italie du Nord Est, région de Lombardie, Province de Milan

 

Criteri di Iscrizione

Critère (i): La Cène est une réalisation artistique intemporelle et unique de valeur universelle exceptionnelle.

Critère (ii): Cette œuvre eut une grande influence non seulement sur le traitement d’un thème iconographique, mais aussi sur toute l’évolution de la peinture. Heydenreich évoqua dans ses écrits le  «surdimensionnement» des corps peints par rapport à l’espace. C’est une des premières peintures classiques qui se concentre sur un instant précis et très court, au lieu d’un moment plus long dans le temps. Cinq cents ans après, la Cène est une des peintures les plus reproduites et copiées, et sa création en 1495-1497 est considérée avoir ouvert une nouvelle ère dans l’histoire de l’art.

[learn_more caption=”Intégrité”]

Le bien comprend tous les éléments qui expriment sa valeur unique, en particulier l’ensemble de Santa Maria delle Grazie, formé par l’église, le couvent et la Cène peinte par Leonard de Vinci. Malgré les dommages qui se produisirent pendant la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble a aussi bien préservé sa structure architecturale d’origine que la relation interne entre ses composants, dont la célèbre fresque. La présence de pères dominicains et la continuité de l’utilisation religieuse ont contribué à sauvegarder l’intégrité fonctionnelle du bien. La peinture de Vinci connaît d’importants problèmes de conservation dus aux techniques utilisées pour la réaliser. Le bien souffre de pressions environnementales et d’une fréquentation potentiellement excessive, bien que celle-ci soit contrôlée grâce à son accès limité.[/expand] [learn_more caption=”Authenticité”]

Le site fut gravement endommagé par des bombardements en 1943, mais complètement restauré et rénové par la suite. La Cène qui survécut miraculeusement au bombardement des Alliés, souffre d’autres problèmes de conservation qui sont dus, avant tout, à la technique expérimentale de Léonard et sont évidents depuis longtemps. Des travaux de restauration sont signalés depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, ce qui témoigne de la préoccupation constante suscitée par la conservation de ce patrimoine artistique. Un travail important de restauration de la Cène s’est terminé à la fin de l’année 1990. Le traitement minutieux de la couche de peinture extrêmement délicate et considérablement détériorée a restauré les couleurs cachés de la fresque. L’église comme les bâtiments (par ex. les cloîtres) ont continuellement fait l’objet de restauration à partir des années 1990, suivant une stratégie de conservation unifiée. Les travaux de conservation de routine qui sont en cours actuellement sur les bâtiments ont conduit à de nouvelles découvertes qui augmentent encore la valeur du bien.[/expand] Estensione del bene

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