Illustrazione Elena Prette
Situées sur la côte nord de l’île italienne de Sicile, la Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale constituent une série de neuf structures civiles et religieuses datant de l’époque du royaume normand de Sicile (1130-1194). Deux palais, trois églises, une cathédrale et un pont se trouvent à Palerme, la capitale du royaume, et deux cathédrales sont situées dans les villes de Monreale et Cefalù. Ensemble, ils constituent un exemple exceptionnel d’un syncrétisme socioculturel entre les cultures occidentale, islamique et byzantine. Cet échange donna lieu à une expression architecturale et artistique basée sur des concepts nouveaux d’espace, de structure et de décoration qui se diffusa largement à travers la région méditerranéenne. Les monuments qui composent le bien en série d’une superficie de 6,235 ha comprennent: le palais des Normands et la chapelle Palatine; le palais de la Zisa; la cathédrale de Palerme; la cathédrale de Monreale; la cathédrale de Cefalù; l’église Saint-Jean-des-Ermites; l’église Sainte-Marie-de-l’Amiral; l’église San Cataldo et le pont de l’Amiral. Chacun illustre des aspects importants du syncrétisme multiculturel occidental-islamique-byzantin qui caractérisa le royaume normand de Sicile au XIIe siècle. Le réarrangement innovant des formes architecturales, des structures, des matériaux et leur traitement artistique, décoratif et iconographique – en particulier leurs riches mosaïques de tesselles, leurs pavements en opus sectile, leurs marqueteries, leurs éléments sculptés, leurs peintures et leurs équipements – célèbrent la coexistence fructueuse de peuples de différentes origines.
- Valore UNESCO
Le site de la Palerme arabo-normande et des cathédrales de Cefalù et Monreale présentent une série d’édifices extrêmement significatifs, expression d’un syncrétisme socioculturel qui, entre le XIe et le XIIe s., pendant la période de la domination normande, donna naissance à un patrimoine urbain extraordinaire, tout à fait unique au monde. Les éléments insérés ont été choisis en raison de leur parfait état de conservation et pour les variations particulières du style “syncrétique” pris par chacun d’eux. En effet, bien que chaque édifice fasse partie d’un tout organique, ils présentent chacun des caractéristiques uniques qui se conjuguent de manière toujours renouvelée, en reflétant toutes les traditions culturelles du lieu, de la tradition islamique à la tradition byzantine, jusqu’aux traditions romaine et latine.
Palais des Normands et chapelle Palatine
Le palais royal de Palerme, construit entre le XIe et le XIIe s., abrite de rares et originales combinaisons de style islamique et roman, fruit de la coexistence de différentes communautés culturelles; plus connu comme palais des Normands, au Moyen Âge ce lieu abritait le centre du pouvoir: en effet, il fut construit sur les ruines d’un ancien château arabe, le Qasr, qui à son tour se dressait sur d’anciennes constructions byzantines, romaines et puniques, qui sont encore visibles aujourd’hui. Initialement, les Normands laissèrent l’ancienne structure musulmane substantiellement inchangée, mais les choses changèrent radicalement lorsque le grand roi Roger II prit le pouvoir: en effet, le roi normand désirait un palais somptueux et fit exécuter de grands travaux qui modifièrent complètement l’aspect du palais. L’heureuse destinée du palais royal continua sous le règne de Frédéric II de Souabe, qui en fit le symbole du pouvoir politique sicilien et un lieu d’agrégation culturelle: c’est ici que se réunissaient les grands poètes de l’école sicilienne. Au milieu du XVIe s., les vice-rois espagnols décidèrent de faire du palais royal leur résidence officielle, en réalisant ainsi d’importants travaux de restauration qui ont probablement permis de sauver l’édifice, mais qui l’ont transformé en modifiant radicalement son aspect originaire. Au centre du palais, on trouve la chapelle Palatine, qui est aujourd’hui reconnue comme une des plus belles construites à l’époque médiévale. La chapelle Palatine fut construite selon les désirs du roi Roger II qui voulait une église à la hauteur de son règne, et quiconque y serait entré, devait être frappé par sa magnificence. Encore une fois, la chapelle Palatine est l’exemple d’une alliance entre différents styles et modèles culturels et religieux, issus d’un compromis entre les clergés grec et latin, qui étaient tous deux déterminés à utiliser la nouvelle église du roi Roger. À l’origine, la chapelle était un édifice indépendant et ce n’est que successivement qu’elle fut englobée à l’intérieur du palais. La chapelle Palatine, consacrée à l’apôtre Pierre, unit des éléments des deux typologies d’architecture religieuse, grecque et latine, et les inscriptions y sont bilingues. Elle présente également des éléments stylistiques typiquement orientaux et musulmans, comme le pavement en marbre décoré de marqueteries et incrusté de mosaïques aux motifs d’influence orientale. L’intérieur de la chapelle est disséminé de merveilleuses mosaïques byzantines, caractérisées par un fond classique en or. Aujourd’hui, de la structure normande, seules subsistent intactes la chapelle Palatine, la Tour Pisane et la Joharia.
Église Saint-Jean-des-Ermites
Le complexe monumental de Saint-Jean-des-Ermites comprend l’église et le cloître, qui faisaient partie du monastère fondé en 1132 par Roger II, et la “salle arabe” de plan rectangulaire, possible trace d’une mosquée d’époque islamique. Le plan de l’église est à croix en tau; l’intérieur présente une seule nef avec trois absides sur le transept. L’intérieur de l’église est plutôt sobre, dépouillé, plongé dans la pénombre, et ne prévoit aucun jeu de lumière pour le visiteur. Seules les coupoles présentent des jeux de clair-obscur qui raniment un peu l’atmosphère, qui sinon serait tout à fait austère. Au contraire, l’extérieur se présente comme une structure particulièrement rythmée, riche en particularités comme le positionnement décalé des coupoles. À l’origine, l’église Saint-Jean-des-Ermites fut utilisée en tant que crypte par les hauts dignitaires de la dynastie royale des Normands, ce qui prouve que ce site avait une grande importance à l’époque médiévale, importance qui s’est affaiblie sous les dominations suivantes.
Église Sainte-Marie-de-l'Amiral (dite église de la Martorana)
L’église Sainte-Marie-de-l’Amiral, symbole de la pureté du génie byzantin orthodoxe, est ornée de mosaïques qui figurent parmi les plus stupéfiantes et les mieux conservées de l’époque Comnène, et qui furent réalisées par des artisans byzantins entre 1143 et 1148. Le précieux pavement en opus sectile, bien conservé, reflète fidèlement les modèles byzantins, tandis que certains motifs ornementaux montrent clairement l’influence de la culture islamique. Elle fut construite pendant la première moitié du XIIe s. par la volonté de Georges d’Antioche, l’amiral du roi normand Roger II. À l’origine, l’église était naturellement dans les mains de religieux de rite grec fidèles au culte orthodoxe. Successivement, elle passa également dans les mains des Bénédictins, pour revenir ensuite à son origine. Elle accueille aujourd’hui la plus grande communauté religieuse gréco-albanaise de la Sicile: l’église appartient à l’éparchie de Piana degli Albanesi, un diocèse catholique qui a adopté le rite gréco-byzantin. Tout en conservant de nombreuses caractéristiques originales, les différents cultes qui y ont été pratiqués au fil des siècles ont modifié les décorations et les structures.
Église San Cataldo
L’église San Cataldo (1160 env.) représente un exemple d’élaboration formelle conçue par des artisans islamiques selon des critères romans occidentaux. La construction de l’église est encore aujourd’hui enveloppée de mystère, car nul n’en connaît avec certitude la date de construction (sûrement autour de la moitié du XIIe s.), ni qui en a commandé la construction. Néanmoins, il semble désormais établi que l’église San Cataldo fut construite par la volonté d’un amiral important, grand chancelier du roi normand Guillaume Ier, un certain Maione, ou Majone, de Bari, qui en fut certainement le premier propriétaire. En 1182, le roi Guillaume II en fit don aux Bénédictins de Monreale, qui y restèrent jusqu’en 1787. San Cataldo est probablement le seul édifice religieux construit à Palerme sous le règne de Guillaume Ier. L’église ne subit aucune réfection particulière jusqu’au XIXe s., lorsque d’importants travaux ont de fait supprimé toutes les modifications antérieures apportées au cours des siècles, en redonnant à San Cataldo son aspect originaire. Au contraire, les chapiteaux placés entre les petites colonnes et les absides sont plus anciens que l’église: en effet, ils furent réutilisés après avoir été prélevés dans d’autres édifices, d’époque sûrement précédente à celle de la construction de San Cataldo. Les chapiteaux les plus beaux sont sans aucun doute ceux qui rappellent les motifs classiques à feuillages. À noter, le pavement médiéval original en opus sectile incrusté de marbre qui témoigne de la présence d’artisans islamiques capables d’interpréter, en mode nouveau et original, la tradition orientale de matrice byzantine. De même, l’autel constitué d’une grande plaque en marbre, remonte à la construction de l’église, et montre des décorations gravées qui représentent l’Agnus Dei entouré des symboles des quatre évangélistes. Aujourd’hui, San Cataldo est le siège de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
Le Pont de l'amiral
Le Pont de l’amiral, appelé ainsi parce que voulu par Georges d’Antioche, présente une configuration caractéristique en dos d’âne, avec deux rampes symétriques supportées par sept travées à arc en ogive et extrados de renfort. Toute la structure est réalisée en pierres de taille régulières en calcaire, et soit la technique de construction que la morphologie rappellent une typologie répandue au Maghreb. Sa structure solide lui permettait de supporter de lourdes charges, sans subir de dommage. Peu de travaux furent effectués sur ce pont, qui est considéré aujourd’hui comme un véritable monument de la Palerme arabo-normande: seul le Sénat de Palerme fit réaliser des ouvrages pour en consolider la structure au XVIIe et au XVIIIe s., car le fleuve Oreto, qui aujourd’hui ressemble à un ruisseau, débordait alors très souvent de son lit.
Cathédrale de Palerme
Son histoire est ancienne et plonge ses racines dans l’ère chrétienne (IVe s. ap. J.-C.), lorsque l’empereur Constantin proclama un édit de tolérance envers tous les chrétiens, en permettant ainsi aux Palermitains de construire leur propre église. Cette toute première structure fut toutefois entièrement détruite lors d’une des incursions des fameux Vandales, pendant la période des invasions barbares (Ve s. ap. J.-C.). De cette première structure, il ne reste plus rien aujourd’hui. Sous la domination byzantine, une nouvelle église fut construite au même endroit. Ainsi, au début du VIIe s. (604 ap. J.-C.), la nouvelle église fut consacrée à la Vierge Marie, dont seule la crypte de forme carrée est arrivée jusqu’à nos jours. L’histoire de la deuxième phase, qui sera enfin celle de la cathédrale, présente une succession de changements radicaux: en effet, dès que les Arabes conquirent Palerme, la première chose qu’ils firent fut de convertir immédiatement le principal lieu de culte des chrétiens en une grande mosquée qui prit le nom de ‘Gami’ (831 ap. J.-C.). Il est fort probable que les musulmans entreprirent des modifications stylistiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais il est sûr qu’ils n’ont pas détruit l’édifice pour en construire un autre, mais ont plutôt laissé substantiellement inaltéré l’aspect originaire de celle qui fut, sous les Byzantins, l’église des chrétiens de Palerme. Puis lorsque les Normands conquirent la Sicile, en la reportant de fait au Moyen Âge européen, les choses changèrent encore pour cette église, qui entre-temps était devenue une mosquée: en effet, Robert Guiscard et Roger Ier décidèrent de ne bâtir aucun nouvel édifice, ni de détruire l’église profanée par les ‘infidèles’, et se limitèrent simplement, eux aussi, à la reconvertir au christianisme. Initialement, les Normands n’apportèrent donc aucune modification au vieil édifice, qui serait sans doute resté tel qu’il était, si une fameuse diatribe n’avait pas surgi entre le roi normand Guillaume II, dit ‘le Bon’, et Gautier, l’archevêque de Palerme. En effet, à la fin du XIIe s., le roi Guillaume s’était mis en tête de construire une nouvelle et splendide église qui aurait été une référence pour toute la région de Palerme; il n’y avait qu’un seul problème, Gautier entendait construire cette ‘cathédrale’ à Monreale, et non à Palerme. Cependant, l’évêque Gautier avait déjà envisagé de construire une grande cathédrale à Palerme pour affirmer son prestige. Ainsi, en ignorant totalement le fait que le roi avait déjà commencé la construction de ce qui deviendra la superbe cathédrale de Monreale, l’évêque de Palerme donna l’ordre de démarrer les travaux pour la construction de la nouvelle cathédrale. Nombreux sont les personnages importants de Palerme et de la Sicile qui ont souhaité être inhumés dans la cathédrale; parmi eux, on peut citer, en raison de la splendeur de leur sépulture, Constance de Hauteville, Roger II, Frédéric II et Henri VI de Hohenstaufen.
Palais de la Zisa
Contrairement à ce que l’on pensa pendant des siècles, le palais de la Zisa n’est pas un édifice ‘arabe’. En effet, ce monument magnifique a été longtemps retenu à tort comme le fruit de la domination musulmane, alors qu’il fut construit pendant la période normande par le roi Guillaume Ier, lequel désirait une résidence d’été proche de la ville. En ce temps, les alentours de la Zisa étaient recouverts d’une grande forêt qui était une réserve de chasse des souverains: il s’agissait du parc royal du Genoard (‘paradis sur terre’), qui s’étendait à l’ouest de la ville. Lorsque Guillaume Ier voulut faire construire un édifice destiné à ses loisirs, il pensa aussitôt aux merveilleuses résidences des seigneurs musulmans du nord de l’Afrique, et décida que son palais aurait été pareillement beau et somptueux. Il en confia ainsi les travaux quasi exclusivement à des artistes et architectes arabes qui parvinrent largement à satisfaire les désirs du souverain: en effet, la Zisa semblait vraiment le palais d’un émir. À l’achèvement des travaux, les artisans arabes qui avaient construit ce merveilleux palais proposèrent au souverain de lui donner un nom, comme il était coutume dans le monde musulman. La demande fut aussitôt acceptée par le roi Guillaume et le nouveau palais prit le nom de ‘Zisa’, qui dérive sans doute du mot arabe ‘Al-Azîz’ qui signifie ‘splendide’. Le palais de la Zisa n’a pas été toujours tel que nous le voyons aujourd’hui. L’édifice a connu de nombreux travaux au cours des siècles. Un des plus évidents est la crénelure en haut de l’édifice, qui fut réalisée au XIVe s. dans un but défensif. Du point de vue architectural, la Zisa, construite sur trois étages, inaugure la saison des ouvrages en hauteur. Elle a la forme d’un parallélépipède à plan rectangulaire et deux avant-corps sont placés sur les côtés courts de l’édifice. Les sources historiques racontent que ce qui frappait tout d’abord le visiteur du Moyen Âge, était justement la hauteur du palais, sûrement insolite pendant les siècles précédents. La grande salle principale, à plan en croix grecque, présente une fontaine aux effets fantastiques: l’eau s’écoule en ‘zigzag’ et finit sa course dans deux bassins carrés dotés d’octogones décalés. La présence de fontaines ornées de jeux d’eau et de décors est typique de la culture arabe.
Cathédrale de Monreale
C’est un des monuments les plus solennels de l’architecture normande. L’ensemble du complexe monumental, constitué de l’église, du couvent bénédictin et du palais royal, fut édifié par la volonté du roi Guillaume II à partir de 1172. L’édifice reprend, à grandes lignes, le modèle de la cathédrale de Cefalù,mais en diffère par le développement volumétrique du sanctuaire, où le transept et les absides ont la même longueur et forment un seul grand corps central. L’extérieur est typique des églises normandes: édifice fortifié, flanqué de deux tours, dont celle de droite devint un campanile au XVIIe s. Le porche, qui donne sur la place, dissimule un splendide portail en bronze réalisé en 1186, dit “Porta Regia”, décoré d’images en relief, avec des corniches ornées d’une frise bordée de feuilles d’acanthe et des montants contenant quarante cadres représentant des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament. À noter, pour leur forte influence arabe, les décorations géométriques et polychromes des marqueteries en calcaire et en pierre de lave des trois absides. Les murs intérieurs sont recouverts d’un parement en mosaïque sur fond en or, qui est dominé par la figure du Christ pantocrator qui occupe toute la surface de la cuvette de l’abside. Le pavement, achevé au XVIe s., est réalisé en mosaïque, avec des disques en porphyre et granit, et des bandes entrelacées en marbre à lignes brisées. La cathédrale est dédiée à Santa Maria la Nova. Près de l’abbaye bénédictine, on trouve le cloître, cœur du complexe abbatial qui s’y développe tout autour, et qui représente un splendide exemple d’architecture byzantine.
Cathédrale de Cefalù
La cathédrale fut fondée en 1131 par le roi Roger II, qui en 1145 rétablit l’évêché de rite latin, pour reporter à la chrétienté cette partie du territoire qui était déjà fortement islamisée. L’église fut conçue comme le mausolée des Hauteville et abrite des mosaïques que les plus importants spécialistes d’art byzantin considèrent comme l’expression la plus raffinée et la mieux conservée de l’art de la mosaïque byzantine comnène. Les mosaïques qui recouvrent les murs du presbytère, et la grande abside centrale où se dresse l’imposante figure du Christ pantocrator, sont l’œuvre de maîtres byzantins et furent réalisées autour de 1148.
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L'influence arabe au sein du palais royal
Certains espaces sont plus caractérisés que d’autres par le style arabe. Parmi ceux-ci, rappelons la Salle de Roger, un exemple splendide de ce que fut vraiment la Palerme arabo-normande. En effet, les artistes arabes qui ont réalisé la salle, ont créé pour leur roi des décorations typiquement orientales; on doit ces superbes décorations, au fils Guillaume Ier dit “le Mauvais”. Ces mosaïques sont de grand prix car elles ne représentent pas les habituels éléments sacrés, mais des plantes et des animaux. On y voit des chasses au cerf avec des archers, des paons et d’autres animaux exotiques, même des léopards, tout ceci afin de représenter une allégorie de la cour normande. La structure même du palais royal présente des traits arabes: elle est divisée en deux grandes cours, celle ‘de la fontaine’, construite autour de 1584, et celle ‘Maqueda’, bâtie en 1600.
Les décorations à l'intérieur de la chapelle Palatine
Une des caractéristiques les plus intéressantes de la chapelle Palatine réside dans le fait de présenter non pas un, mais deux Christ pantocrator. En effet, en haut de la coupole, le visiteur pourra admirer encore une fois le Christ, cette fois bénissant toute l’humanité. Ce deuxième Christ pantocrator fut réalisé en suivant à la perfection les principes artistico-religieux byzantins: en effet, le Christ, de par la position particulière de sa main droite, bénit selon le rite grec, et sa figure est entourée d’un cercle, une figure géométrique que le monde oriental considérait comme parfaite. Une autre particularité du Christ pantocrator bénissant est le livre fermé qu’il tient dans la main gauche: en effet, si jusqu’à présent on était habitué à voir le Christ byzantin tenant le livre des Évangiles ouvert, indiquant ainsi la révélation, cette fois il tient un livre fermé qui indique que la vérité n’a pas encore été révélée. Une autre annotation artistique importante est la présence autour de la figure du Christ pantocrator d’une pléthore d’Anges et d’Archanges, stylistiquement extrêmement beaux.
Décoration de l’église de l’amiral
Parmi les splendides décorations en mosaïque, on remarque plus particulièrement celles placées sur le front du corps d’origine: on y voit le roi Roger II, lors de son couronnement, et le fondateur de l’église, Georges d’Antioche, aux pieds de la Vierge Marie. À la base de la coupole, subsiste encore une prière en arabe qui remonte à la période de la fondation de l’église: encore une fois, un élément extrêmement divers de l’ensemble du contexte de l’édifice, preuve de la forte synergie culturelle qui existait alors dans la Palerme arabo-normande, à savoir latine, grecque et musulmane, et ceci d’une manière tout à fait pacifique. Il faut également citer les représentations magnifiques de l’Annonciation réalisées sur l’arc triomphal.
Les diables de la Zisa
La légende d’un trésor gardé par des diables commence avec Azel Comel et El-Aziz, deux amoureux en fuite du père d’Azel, le sultan, qui s’opposait à leur amour. Une fois arrivés à Palerme, Azel fit bâtir le palais avec le trésor qu’il avait dérobé à son père, mais El-Aziz, venue à connaissance du suicide de sa mère à cause de leur fuite, voulut la rejoindre et se donna la mort. Azel, fou de douleur, voyagea à travers le monde, jusqu’à ce la mer, apitoyée par sa souffrance, mit fin à ses jours. Leur immense trésor resta dans les souterrains de la Zisa, protégé par les diables, et la légende veut que lorsque ce trésor sera trouvé, il mettra fin à toute pauvreté à Palerme. Le seul moyen pour réussir dans cette entreprise serait de compter les diables le 25 mars, jour de l’Annonciation, mais en les fixant, on les verrait malheureusement tordre la bouche, bouger la queue, se cacher et revenir pour gêner leur décompte, voilà pourquoi ils sont considérés diaboliques. Une autre croyance populaire veut que lorsque le vent souffle très fort à Palerme, ce soit les diables de la Zisa à le provoquer. Cette légende est peut-être née des courants d’air frais présents dans le palais, qui sont générés, pour contraster la chaleur de l’été, d’abord par une installation d’aération efficace obtenue grâce à une exposition optimale à nord-est, et grâce à une source intérieure faite de trous dans le sol et de rainures latérales. Ces légendes ont donné lieu à des expressions qui étaient très populaires autrefois, comme par exemple “E chi su, li diavoli di la Zisa ?” (Mais qu’est ce qu’est, les diables de la Zisa?), qui indique une situation où les comptes ne tournent pas rond; tandis que “Oggi si sono liberati i diavoli della Zisa” (Aujourd’hui, les diables de la Zisa sont libres), indique que le vent est particulièrement violent.
La diatribe entre Guillaume et Gautier
Une des nombreuses histoires qui a été transmise de père en fils au fil des siècles, sur Palerme et ses dominations, met en étroit contact la cathédrale de Monreale et celle de Palerme. On raconte que Guillaume II, dit “le Bon”, s’endormit un jour sous un caroubier. Dans son rêve, la Vierge lui dit qu’un énorme trésor était enfoui là où il s’était endormi, et que s’il l’avait trouvé, il aurait dû l’utiliser pour construire une grande église. Dès qu’il se réveillât, il creusa sous l’arbre, trouva le trésor, et l’utilisa bien sûr pour construire al cathédrale de Monreale. Le plan est basilical, en forme de croix latine, et les colonnes des trois nefs sont d’inspiration classique. Au croisement des voûtes, il n’y a pas la coupole habituelle, mais un parallélépipède byzantin dont le plafond décoré est d’influence arabe. Entre-temps, Gautier Ophamil, ancien précepteur de Guillaume II, qui était alors l’archevêque du diocèse de Palerme, faisait construire la cathédrale. Pour contraster Guillaume le Bon, il décida d’embellir l’extérieur et chercha par tous les moyens de réaliser une façade sans pareille. Guillaume se soucia d’embellir l’intérieur de la cathédrale avec de merveilleux mosaïques qui parlent du Nouveau et du Vieux Testament en délaissant les éléments esthétiques de la façade, tandis que Gautier misa énormément sur la splendeur et la majesté de la façade en l’enrichissant d’arcs brisés inspirés de l’architecture islamique, de petites colonnes ornées des statues des saints, de beffrois, extrados, crénelures et pinacles, en laissant l’intérieur plutôt dépouillé. L’intérieur est extrêmement simple, quasi austère. Il ne reflète en aucune manière la splendeur de l’extérieur. La légende raconte que Guillaume et Gautier, envieux l’un de l’autre, et ayant considéré ces constructions comme un défi personnel, moururent d’infarctus, tous deux après avoir jeté un coup d’œil au projet du propre rival. Guillaume pensa sans doute que la cathédrale de Palerme était belle tant dedans que dehors, et vice-versa Gautier devait penser de même de la cathédrale de Monreale.
Protagonisti
Roger II
Roger II (Mileto ou Palerme, 1095 – Palerme, 1154), également connu comme Roger le normand, fils et successeur de Roger Ier de Sicile de la dynastie des Hauteville, son règne débuta en 1112. Il était le fils cadet de Roger Ier de Hauteville et d’Adélaïde de Montferrat. À la mort de son père à Mileto en 1101, sa mère parvint à gouverner la Sicile grâce à de valeureux de conseillers, tandis que lui et son frère étaient encore en bas âge. Simon, son frère aîné, mourut en 1105, et à dix ans Roger devint comte de Sicile. Il vécut son enfance à Palerme et eut des précepteurs grecs et arabes, ce qui lui permit d’apprendre les langues grecque, latine et arabe. Devenu majeur en 1112, il démontra aussitôt d’être en mesure de gouverner avec autorité et sagesse, et continua la politique d’expansion de son père. Lorsqu’en juillet 1127 Guillaume, duc d’Apulie, mourut sans héritier, Roger réclama toutes les possessions des Hauteville et le duché de Capoue. Il débarqua sur le continent et conquit facilement Amalfi et Salerne, où il fut couronné. Toutefois, les seigneurs locaux s’opposaient à l’union de la Sicile et des Pouilles. De même, le pape Honorius II prêcha une “croisade” contre Roger et s’alliât contre Roger aidé par Roberto II de Capoue et Rainolf d’Alife (beau-frère de Roger). Toutefois, cette coalition échoua misérablement, et en août 1128, le pape fut contraint, en raison de la supériorité militaire, à nommer, à Bénévent, Roger II Duc d’Apulie. Pour lier tous ces états, le titre royal semblait essentiel et la mort d’Honorius II en février 1130, suivie par une double élection d’un pape et d’antipape, eut lieu à un moment qui était pour lui décisif. L’élection du nouveau pontife fit éclater un schisme entre Innocent II et Anaclet II. Dans la confusion qui s’ensuivit, Innocent, quoique reconnu par la plus grande partie de la chrétienté, fut contraint à se réfugier en France; au contraire, Anaclet II resta à Rome, tout en ayant besoin d’un plus large consensus. Roger l’appuya et le prix fut la couronne: le 27 septembre 1130, une bulle pontificale d’Anaclet II nommait Roger, roi de Sicile. Le couronnement eut lieu à Palerme le 25 décembre 1130. Tout ceci poussa Roger dans une guerre qui dura dix ans; Bernard de Clairvaux, qui appuyait Innocent II, mis sur pied une coalition contre Anaclet et son “roi à demi païen”. Il fut rejoint par Louis VI de France, Henri Ier d’Angleterre et Lothaire III, empereur germanique. Entre-temps, le sud d’Italie se révolta. Quelques feudataires normands, qui rongeaient leur frein depuis longtemps, ne reconnurent pas le nouveau souverain. En 1137, Lothaire commença à se diriger vers le Sud, et rejoint par les rebelles, il conquit Bari. Innocent II et Lothaire contraignirent Roger II à la fuite; Innocent II délégitima Roger II, en faveur de Rainolf d’Alife, nouveau Duc d’Apulie. L’empereur rentra en Allemagne. Roger, libéré du danger menaçant, reprit du terrain, pilla Capoue et contraignit Sergio VII à l’accepter comme seigneur de Naples. À Rignano Garganico, Rainolf infligea une nouvelle défaite au roi, mais il mourut en avril 1139, et Roger soumit ainsi les derniers rebelles. À ce point, Roger voulut obtenir la confirmation du titre de la part d’Innocent II, qui bien au contraire l’excommunia et décida d’envahir le règne avec une grande armée avant de tomber dans une embuscade à Galluccio. Après la victoire du roi, le pape l’investit des titres de roi de Sicile, duc d’Apulie et prince de Capoue. Roger II devint ainsi un des souverains les plus puissants d’Europe. Son règne continuera entre mille vicissitudes, de fait après les Vêpres siciliennes, les règnes furent au nombre de deux. À Palerme, Roger attira autour de lui les plus grandes personnalités de chaque culture, comme le fameux géographe arabe al-Idrisi, l’historien Nilus Doxopatrius et d’autres érudits. Pendant son règne, le roi eut une grande tolérance envers chaque crédo, race et langue. Il fut servi par des hommes de toutes les nationalités, comme l’anglo-normand Thomas Brun au clergé, le renégat Christodoulos chargé de la flotte et le byzantin Georges d’Antioche. Roger fit de la Sicile la puissance dominante de la Méditerranée. Grâce à une flotte puissante dirigée par plusieurs amiraux, il réalisa une série de conquêtes, de Tripoli à Capo Bon, sur les côtes africaines (1135 – 1153). Le roi mourut à Palerme le 26 février 1154, et Guillaume, son quatrième fils, lui succéda.
Testimonianze d’autore
Testimonianze
[learn_more caption=”Testimonianze”]
► Una delle cose degli infedeli più degne di nota da noi qui osservate è la chiesa detta dell’Antiochieno […] Vedemmo tale costruzione a cui ogni descrizione vien meno, ed è indiscutibile che essa è il monumento più bello del mondo. Le sue pareti interne sono tutte dorate. Hanno lastre di marmo a colori, di cui mai si son vedute l’eguali, tutte lavorate a mosaico in oro, contornate di fogliame in mosaico verde. Dall’alto si aprono finestre in bell’ordine, con vetri dorati che accecano la vista col bagliore de’ loro raggi e destano negli animi una suggestione da cui Dio ci tenga lontani.
L’arabo Ibn Giubayr, vissuto nel XII secolo, parla della Chiesa di santa Maria dell’Ammiraglio.
► Sulla facciata principale dell’edificio vi è un grande ingresso a sesto acuto, che si ritrova ai lati altri due portali di uguale stile ma di più piccole dimensioni. Una volta entrati ci si ritrova, passando per un vestibolo, nel vero cuore della Zisa e cioè l’amplissima sala centrale della fontana, che si sviluppa in altezza per ben due piani. Sull’arcata d’ingresso alla sala si trova un’epigrafe araba che recita così: “Quantunque volte vorrai, tu vedrai il più bel possesso del più splendido tra i reami del mondo, de’ mari e la montagna che li [domina], le cui cime sono tinte di narciso; e vedrai il [gran] re del secolo in un bel soggiorno, [ché] a lui conviensi la magnificenza e la letizia. Questo è il paradiso terrestre che si apre agli sguardi; questo è il Musta’izz e questo [palazzo] l’Aziz.
Romualdo Salernitano, descrive la Zisa nel suo Chronicon (XII secolo).
► Si passava per piazze, porte, cortili regi e vedevamo palazzi eccelsi, circhi ben disposti, giardini e sale destinati ai pubblici ufficiali, cose da abbagliare la vista e sbalordire le menti… fra le altre cose notammo un’aula in un ampio cortile circondato da un giardino e fiancheggiato da portici. L’aula occupa tutta la larghezza di codesto cortile, talchè restammo meravigliati a mirare la sua estensione, l’altezza dei suoi belvederi. Sapemmo che questo è il luogo ove suol mangiare il re col suo seguito. Di faccia stanno detti portici e gli uffici dove siedono i magistrati, i pubblici ufficiali e gli agenti di finanza.
Ibn Gyubair nel 1184 descrive così il Palazzo Reale.[/expand]
Legami tra i siti Unesco italiani
[learn_more caption=”Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalù et de Monreale… les monuments paléochrétiens de Ravenne”]
Les deux sites doivent leur richesse et leur variété décorative à la coexistence de différents peuples et cultures pendant le Moyen Âge. Le fruit de ces mélanges entre le monde latin et oriental a conduit à la création d’un style nouveau pour l’époque.[/expand]
Note bibliografiche
Bibliografia
[learn_more caption=”Bibliografia”]
F. Maurici, Palermo Normanna. Vicende urbanistiche d’una città imperiale (1072-1194), Kalòs, Palermo, 2015
G. Di Stefano, Monumenti della Sicilia normanna, Palermo, Flaccovio Editore, 1979
Dossier di candidatura per l’iscrizione nella World Heritage List del sito seriale “Palermo Arabo-Normanna e le Cattedrali di Cefalù e Monreale”, dicembre 2014. All right reserved ©[/expand]
Nel Web
Webgrafia
[learn_more caption=”Webgrafia”]
http://whc.unesco.org/en/list/831
http://www.unesco.beniculturali.it
http://www.unescoarabonormanna.it
http://palermoarabonormanna.com[/expand]
- Valore UNESCO
Le site de la Palerme arabo-normande et des cathédrales de Cefalù et Monreale présentent une série d’édifices extrêmement significatifs, expression d’un syncrétisme socioculturel qui, entre le XIe et le XIIe s., pendant la période de la domination normande, donna naissance à un patrimoine urbain extraordinaire, tout à fait unique au monde. Les éléments insérés ont été choisis en raison de leur parfait état de conservation et pour les variations particulières du style “syncrétique” pris par chacun d’eux. En effet, bien que chaque édifice fasse partie d’un tout organique, ils présentent chacun des caractéristiques uniques qui se conjuguent de manière toujours renouvelée, en reflétant toutes les traditions culturelles du lieu, de la tradition islamique à la tradition byzantine, jusqu’aux traditions romaine et latine.
Palais des Normands et chapelle Palatine
Le palais royal de Palerme (XI-XIIe s.) abrite de rares et originales combinaisons de style islamique et roman, fruit de la coexistence de différentes communautés culturelles. Roger II fit construire la Tour grecque, dont seule reste la reconstruction réalisée pendant la Renaissance, la Tour Pisane, qui subsiste encore aujourd’hui, la Joharia (moitié du XIIe s.), dont le nom, issu de l’arabe al-jawhariyya, signifie “parée de bijoux”, où l’on peut admirer la Salle des vents et la Salle de Roger. La Chapelle Palatine est l’exemple le plus représentatif des arts méditerranéens dans le cadre de la Sicile normande et le résultat des différentes cultures qui s’y trouvaient: en effet, on peut y admirer différents styles: islamique, byzantin, occidental. L’édifice est un des monuments médiévaux les mieux conservés. En effet, sont demeurés inchangées: la décoration en marbre en opus sectile des sols et des murs, les mosaïques byzantins du presbytère et des nefs, et les peintures islamiques sur les plafonds en bois. Uniques dans leur genre, une extraordinaire machine en bois à muqarnas, les polygones étoilés et les petites coupoles de la nef centrale.
Église Saint-Jean-des-Ermites
L’église, bâtie entre 1130 et 1150 sous le règne de Roger II, présente une volumétrie compacte et régulière, avec en contraste, les coupoles rouges extérieures placées à différentes hauteurs. Le plan de l’église est à croix en tau, le transept présente trois absides, l’abside central faisant saillie à l’extérieur. L’extérieur est réalisé en blocs de pierre calcaire qui contrastent avec le rouge des coupoles. De l’intérieur de l’église, un petit couloir mène à une pièce adjacente, appelée “Salle arabe”.
Église Sainte-Marie-de-l'Amiral (dite église de la Martorana)
Parmi les monuments arabo-normands, l’église Sainte-Marie-de-l’Amiral, dite la Martorana, représente le lien le plus étroit avec l’art byzantin. À l’origine, un porche et un vestibule étaient placés devant l’église, ainsi qu’un campanile encore visible aujourd’hui. L’église fut construite pendant la première moitié du XIIe s., par la volonté de Georges d’Antioche, l’amiral du roi normand Roger II, auquel elle doit son nom. La porte en bois constitue une œuvre exceptionnelle de sculpture islamique. L’intérieur de l’église est décoré de superbes mosaïques réalisées entre 1143 et 1148: un des meilleurs exemples de mosaïques byzantines de la période comnène. Le précieux pavement en marbre en opus sectile reflète fidèlement les modèles byzantins. À la base de la coupole, une frise en bois de sapin montre une inscription en langue arabe, qui constitue un hymne à la liturgie byzantine.
Église San Cataldo
L’église San Cataldo (1160 env.) représente un exemple de réinterprétation du style roman-occidental de la part des maîtres artisans islamiques. Les murs, nus et dépourvus de toute décoration, exaltent l’architecture de l’église qui est affinée par les petites colonnes angulaires du sanctuaire et par les arcs brisés soutenus par des colonnes et des chapiteaux. Le pavement en opus sectile contribue à rendre l’église encore plus précieuse, un exemple unique à l’époque de Guillaume Ier: il montre l’affirmation d’un nouveau courant encouragé par Roger II, grâce à la présence d’artisans islamiques capables d’interpréter d’une manière nouvelle et innovante, la tradition orientale d’origine byzantine.
Le Pont de l'amiral
Le Pont de l’amiral (1132 env.) est un témoignage important du génie civil de l’époque normande et en représente un des meilleurs ouvrages médiévaux dans la région méditerranéenne. Construit en pierres de taille, de grandes dimensions pour l’époque, il doit son nom à son fondateur, Georges d’Antioche, amiral au service du roi Roger II depuis 1125, qui a également fait bâtir l’église Sainte-Marie-de-l’Amiral. Il est réalisé en dos d’âne avec deux rampes symétriques soutenues par sept travées. Le calcaire a été utilisé pour réaliser les blocs de pierre.
Cathédrale de Palerme
Gautier Ophamil, archevêque de Palerme de 1169 à 1190, fonda l’église au même endroit où se dressaient auparavant une basilique du IVe s., détruite par les Vandales, et une construction du VIe s. dont on trouve encore des traces dans le plan de la crypte. Transformée en mosquée pendant la domination islamique, elle fut rendue au culte chrétien en 1072 par Robert et Roger de Hauteville. On doit à l’archevêque Gautier la reconstruction de l’édifice normand à trois nefs. Plusieurs chapelles sont placées le longs des nefs latérales: les deux premières chapelles de la nef méridionale accueillent les tombeaux des empereurs et des rois de Sicile.
Palais de la Zisa
Le palais de la Zisa, de l’arabe al-Azīz, le glorieux, le splendide, réalisé par le roi Guillaume Ier, se dressait hors des murs de la vieille ville de Palerme et constituait le monument le plus important et le plus représentatif du Jannat al-ar, à savoir jardin ou paradis sur terre s’inspirant des jardins d’influence islamique. Il se développe sur trois étages, marqués à l’extérieur par de fines corniches et par des arcs aveugles, caractéristiques qui en font un exemplaire rare pour l’époque. Au centre du rez-de-chaussée, on trouve la Salle de la fontaine, un lieu de représentation qui constitue le cœur du palais; elle donne sur l’entrée à travers un grand arc en ogive soutenu par des colonnes, au côté desquelles figure une inscription en stuc reportant le nom du palais et la référence à Guillaume II. Toute la salle est ornée de mosaïques décoratives et de marqueteries en opus sectile, de grandes niches semi-cylindriques à muqarnas et d’un superbe panneau de mosaïques byzantines aux thèmes profanes et à l’iconographie islamique.
La cathédrale de Cefalù
L’édifice (1131) est précédé d’un grand parvis à plusieurs degrés. La façade date de 1240 et elle est caractérisée par de petits arcs aveugles et des arcs entrecroisés. L’intérieur de la basilique est caractérisé par trois nefs qui sont rythmées par seize colonnes de granit soutenant les arcs. L’abside centrale, les murs du presbytère et la voûte du chœur sont parés de mosaïques réalisées par des maîtres artisans byzantins. Les figures sont disposées en procession selon un ordre hiérarchique très précis: au centre, le Christ pantocrator bénissant, puis la Vierge et quatre Archanges dans la frise sous-jacente.
La cathédrale de Monreale
L’ensemble du complexe monumental, constitué de l’église, du couvent bénédictin et du palais royal, fut édifié par la volonté du roi Guillaume II (1166-1189). L’édifice reprend à grandes lignes le modèle de la cathédrale de Cefalù, quoique son plan soit différent; le transept et les absides, ayant une même longueur, forment le corps en un seul tout. À l’intérieur, la lumière naturelle frappe l’or des tesselles des mosaïques qui constituent un des plus grands cycles du monde médiéval (plus de 6.000 m2). Dans l’abside centrale, on remarque le Christ pantocrator et la Vierge à l’Enfant entourée d’anges et de saints.
Per saperne di più
Les diables de la Zisa
La légende d’un trésor gardé par des diables commence avec Azel Comel et El-Aziz, deux amoureux en fuite du père d’Azel, le sultan, qui s’opposait à leur amour. Une fois arrivés à Palerme, Azel fit bâtir le palais avec le trésor qu’il avait dérobé à son père, mais El-Aziz, venue à connaissance du suicide de sa mère à cause de leur fuite, voulut la rejoindre et se donna la mort. Azel, fou de douleur, voyagea à travers le monde, jusqu’à ce la mer, apitoyée par sa souffrance, mit fin à ses jours. Leur immense trésor resta dans les souterrains de la Zisa, protégé par les diables, et la légende veut que lorsque ce trésor sera trouvé, il mettra fin à toute pauvreté à Palerme. Le seul moyen pour réussir dans cette entreprise serait de compter les diables le 25 mars, jour de l’Annonciation, mais en les fixant, on les verrait malheureusement tordre la bouche, bouger la queue, se cacher et revenir pour gêner leur décompte, voilà pourquoi ils sont considérés diaboliques. Une autre croyance populaire veut que lorsque le vent souffle très fort à Palerme, ce soit les diables de la Zisa à le provoquer. Cette légende est peut-être née des courants d’air frais présents dans le palais, qui sont générés, pour contraster la chaleur de l’été, d’abord par une installation d’aération efficace obtenue grâce à une exposition optimale à nord-est, et grâce à une source intérieure faite de trous dans le sol et de rainures latérales. Ces légendes ont donné lieu à des expressions qui étaient très populaires autrefois, comme par exemple “E chi su, li diavoli di la Zisa ?” (Mais qu’est ce qu’est, les diables de la Zisa?), qui indique une situation où les comptes ne tournent pas rond; tandis que “Oggi si sono liberati i diavoli della Zisa” (Aujourd’hui, les diables de la Zisa sont libres), indique que le vent est particulièrement violent.
La diatribe entre Guillaume et Gautier
Une des nombreuses histoires qui a été transmise de père en fils au fil des siècles, sur Palerme et ses dominations, met en étroit contact la cathédrale de Monreale et celle de Palerme. On raconte que Guillaume II, dit “le Bon”, s’endormit un jour sous un caroubier. Dans son rêve, la Vierge lui dit qu’un énorme trésor était enfoui là où il s’était endormi, et que s’il l’avait trouvé, il aurait dû l’utiliser pour construire une grande église. Dès qu’il se réveillât, il creusa sous l’arbre, trouva le trésor, et l’utilisa bien sûr pour construire al cathédrale de Monreale. Le plan est basilical, en forme de croix latine, et les colonnes des trois nefs sont d’inspiration classique. Au croisement des voûtes, il n’y a pas la coupole habituelle, mais un parallélépipède byzantin dont le plafond décoré est d’influence arabe. Entre-temps, Gautier Ophamil, ancien précepteur de Guillaume II, qui était alors l’archevêque du diocèse de Palerme, faisait construire la cathédrale. Pour contraster Guillaume le Bon, il décida d’embellir l’extérieur et chercha par tous les moyens de réaliser une façade sans pareille. Guillaume se soucia d’embellir l’intérieur de la cathédrale avec de merveilleux mosaïques qui parlent du Nouveau et du Vieux Testament en délaissant les éléments esthétiques de la façade, tandis que Gautier misa énormément sur la splendeur et la majesté de la façade en l’enrichissant d’arcs brisés inspirés de l’architecture islamique, de petites colonnes ornées des statues des saints, de beffrois, crénelures et pinacles, en laissant l’intérieur plutôt dépouillé. L’intérieur est extrêmement simple, quasi austère. Il ne reflète en aucune manière la splendeur de l’extérieur. La légende raconte que Guillaume et Gautier, envieux l’un de l’autre, et ayant considéré ces constructions comme un défi personnel, moururent d’infarctus, tous deux après avoir jeté un coup d’œil au projet du propre rival. Guillaume pensa sans doute que la cathédrale de Palerme était belle tant dedans que dehors, et vice-versa Gautier devait penser de même de la cathédrale de Monreale.
Protagonisti
Roger II
Roger II (Mileto ou Palerme, 1095 – Palerme, 1154)
Fils de Roger Ier comte de Sicile, il resta jusqu’en 1113 sous la régence de sa mère, Adélaïde de Montferrat. Après la mort du duc Guillaume sans héritier, Roger avança ses droits; il se fit nommer duc de Calabre, Lucanie, Bénévent et plus tard d’Apulie dont il obtint le duché. À la mort d’Honorius, il négocia avec l’antipape Anaclet II l’obtention du titre de roi de Sicile, d’Apulie, de Calabre et de Capoue, bien qu’une bonne partie du territoire devait encore être conquise. Mais le pape Innocent II fit une alliance avec Lothaire de Saxe, empereur d’Occident, Jean Comnène, empereur d’Orient, ainsi qu’avec les Vénitiens et les Pisanais qui jalousaient la nouvelle puissance, et entreprit ainsi une guerre, qui dura neuf ans. Après plusieurs vicissitudes Roger II eut le dessus sur ses ennemis: en 1139, le pape dut le reconnaître comme nouveau roi. Alors que l’armée normande conquérait les Abruzzes, les villes de Naples et de Capoue passaient à Roger qui unifiât ainsi toute l’Italie du sud et la Sicile sous sa domination. Il se dirigea ensuite vers l’Afrique, pour faire de la Sicile le centre d’un règne méditerranéen, en confiant son plan à l’amiral Georges d’Antioche qui conquit ainsi Gerba, Tripoli, puis Sousse, Sfax et Gabès; il délogea aussi les Byzantins de Corfou, en contraignant Constantinople à renoncer pour toujours à des territoires dans l’Italie du sud. Organisateur génial, Roger II protégea les arts, les sciences et les lettres; on lui doit de grands monuments, comme la chapelle Palatine à Palerme et la cathédrale de Cefalù qui témoignent de l’image d’un roi bâtisseur.
Legami tra i siti Unesco italiani
[learn_more caption=”Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalù et de Monreale… les monuments paléochrétiens de Ravenne”]
Les deux sites doivent leur richesse et leur variété décorative à la coexistence de différents peuples et cultures pendant le Moyen Âge. Le fruit de ces mélanges entre le monde latin et oriental a conduit à la création d’un style nouveau pour l’époque.[/expand]
Glossario
Glossario
Opus sectile, ancienne technique artistique à base de plaquettes de marbre, pierres dures ou pâtes vitrées, qui étaient découpées pour réaliser des pavements et des décorations murales en marqueterie.
Muqarnas, solution décorative typique de l’architecture musulmane. Cet élément est utilisé dans les coupoles, les voûtes et les niches de portail, comme élément de raccord entre le mur et la corniche, et il peut être réalisé en pierre, en briques, en stuc, en bois ou en céramique.
Croix en tau, plan d’un édifice où la nef principale se termine par un transept en forme de T.
Abside, n.f. est une structure architecturale à plan semi-circulaire, formant normalement l’extrémité de la nef centrale de l’église, mais que l’on peut également trouver sur le fond des nefs latérales ou du transept.
Période comnène, ce nom se réfère à la période de Comnènes, les empereurs de Byzance.
Maître artisan, n.f. Les maîtres artisans travaillaient à la réalisation d’un chantier ou d’un objet d’artisanat.
Dos d’âne, expression utilisée pour indiquer la forme rehaussée au centre et en pente sur les côtés du plan d’une route.
Presbytère, n.m., partie de la basilique chrétienne réservée à l’évêque et au clergé, située au fond de la nef centrale et terminant par l’abside. En général, il est légèrement surélevé et accueille le maître-autel et les bancs des prêtres officiants.
Christ pantocrator, Christ présenté comme le Seigneur et le Dominateur du monde.
2015,Bonn, Allemagne, 39e session du Comité
Site culturel
Antiquité
Italie du Sud, Région de Sicilie, Province de Palerme
Criteri di Iscrizione
Critère (ii): La Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale témoignent d’une situation politique et culturelle particulière, caractérisée par la coexistence fructueuse de peuples d’origines diverses (musulmanes, byzantines, latines, juives, lombardes et françaises). Cet échange généra une combinaison délibérée et unique d’éléments issus de techniques architecturales et artistiques de traditions byzantine, islamique et occidentale. Ce nouveau style contribua au développement de l’architecture de la partie tyrrhénienne du sud de l’Italie et se répandit largement dans la région méditerranéenne médiévale.
Critère (iv): La Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale sont un exemple exceptionnel de synthèse stylistique qui fut à l’origine de nouveaux concepts d’espace, de construction et de décoration grâce au réarrangement innovant et cohérent d’éléments issus de cultures différentes.
Intégrité
Le bien en série comprend tous les éléments nécessaires pour exprimer sa valeur universelle exceptionnelle, y compris les travaux d’ingénierie, civils et religieux; il est par conséquent d’une taille adéquate pour assurer une représentation complète des caractéristiques et des processus qui traduisent l’importance du bien. Le bien ne souffre pas trop d’effets négatifs liés au développement ou au manque d’entretien.
Authenticité
La valeur culturelle du bien et de ses éléments individuels s’exprime de manière fidèle et crédible à travers des attributs tels que leur implantation et leur environnement, leur forme, conception, matériaux et substances, leurs usages et fonctions. L’authenticité des mosaïques en particulier a été confirmée par des experts de la mosaïque byzantine.




